Patrick FERRAND

Patrick Ferrand nait en 1955 dans un village situé dans le centre de la France. Village de 75 habitants en 1955, village de 75 habitants en 2021. Vivent dans cet endroit des paysans et ouvriers, lesquels composent l'essentiel de sa famille.

Il n'y a rien d'autre dans ce village ni d'hier ni d'aujourd'hui.

Pour l'argent et l'avenir ses parents, comme beaucoup d'autres migrent pour les Hachélèmes proches de Passy, et parfois Bondy.

New life...

 

Montrant un manque d'adaptation dans le milieu scolaire, il en est expulsé, et dès 17 ans il porte un costume noir de travailleur col gris et col vert, une chemise blanche, des chaussures noires, un attaché case noir, et un bulletin de salaire estampillé BNP, diocèse de Versailles.

 

"Je gagne des sous, je m'en fou des sous, je les brûle dans le vinyle et le papier."

 

5 ans après 17 ans un événement le conduit à confondre ordre et désordre, alors qu'il se retrouve contraint durant plusieurs mois dans un lieu de recueillement où on lui proposera, d'apprendre la lecture, le Tarot à deux, le collage de sacs aspirateurs, et déjà une forme de télétravail. Il est "gentil" et intégré pendant tout ce temps, malgré l'espace.

 

Il finit en 1978 par s'installer à Paris., apprend différents métiers, en pratiquant 25 entreprises, suggérant, son atypisme et une inadaptation aux règles du travail.

 

En 1989, il fait le mur, tantôt avec une chapka, tant tard avec une casquette nordiste américaine.

2 personnes en blouse blanche, lui intiment de consommer des pilules bleues blanches, rouges,il est au pied du mur, et rejoint la confrérie des Bipodes.

 

30 années durant il essaiera de s'adapter à ce monde qu'il ressent contraignant,et inadéquate pour lui, en s'équipant d'une femme, d'enfants, et des ponctualités opposées,

bref le gentil soldat vendeur.

 

Finalement en 2010, il prend conscience qu'il veut vivre sa différence, reprendre l'espace total de son être, et de sa pensée.

Il s'éloigne des contraintes professionnelles, familiales, banquières, et part s'installer dans un petit chez lui mieux qu'un grand chez tout le monde.

 

Le gouvernement reconnaissant le pensionne, pas assez certes mais quand même il ne faut pas exagérer. Là, à ce moment-là, en plein dedans de cela, une légèreté nouvelle apparaît, au point que son capital créatif, commence à faire du bruit entre ses mains déliées.

Tout d'abord il fabrique des messages/sculptures en utilisant l'art brut, mais pas brutal.

 

Puis découvrant qu'avec des pinceaux, des rouleaux, des brosses à dents, des éponges, du désir, il est possible de poser sur toiles, drap, métal ou carton, des sentiments qui veulent sortir de lui et s'installer sur ces supports, pour dire quoi ? IL PEINT. Ce n'est pas un statut, mais une pulsion récurrente loin d'Ajax. Les couleurs fortes et puissantes l'aspire, il n'arrête pas, il y en a partout, sol, murs, plafond, Karel Appel visité par un novice. Peindre l'apaise, parfois c'est la transe, impossible de maintenir ni contrôler le pinceau.

Patrick est heureux. Il ne veut pas en parler, il ne se sent pas, artiste, il ne se sent pas peintre, il se sent lui, dans son intimité, ne veut pas de l'opinion des visiteurs, ni répondre aux questions sur ce qu'il produit, c'est venu, c'est là, que çà vive. Plusieurs années, de manière sporadique il envoie du son sur la toile, vernis à ongles, acrylique, charbon tout est bon. il n'a plus de sous il fabrique lui-même ses châssis, tasseaux Castor, et drap brut  Saint Pierre, clous de tapissier, doigts ensanglantés. Les cartons d'emballage seront supports, les odeurs vernies à supporter, pour la vie en couleurs, l'alimentation de sa fibre.

 

"La peinture c'est bien, les couleurs c'est bien, puis je vois tous ces personnages sur ses toiles, et me demande, est-ce moi ?

Et là je prends peur, et depuis la peur est toujours là, un frein, une fin de suite, un renouvellement avorté. Je ne trouve pas la réponse, mon entourage à des réponses, je cherche la mienne, pour revivre ces pulsions chaleureuses et libératrices."

 

Autobiographie signée de Patrick Ferrand